Oui, nous y sommes. Nous y sommes, à ces visions d’apocalypse bien réelle que les ‘esprits chagrins’ opposaient […]


incendie Fort Murray vu du ciel
source : reporterre.net

Oui, nous y sommes. Nous y sommes, à ces visions d’apocalypse bien réelle que les ‘esprits chagrins’ opposaient aux ‘optimistes’ du tout pour l’Homme. Bien évidemment, ces visions nous arrivent édulcorées, sous la forme d’images, animées ou pas, incrustées dans les quatre côtés de notre écran. Nous recevons en pleine figure des flammes dévastatrices et prenons peine à imaginer la fuite de nos congénères, nous sentons en nous une vague de compassion, un appel de l’âme-groupe qui flippe.

J’imagine que les médias diffusent des images terribles à longueur de journées. A la manière de Syriens ou d’Afghans, mais en voiture, des Canadiens sont en fuite. La Nature frappe… ah bon ? la Nature ? vous êtes sûrs ?

Oui, c’est bien elle qui brûle ce qu’il reste de forêts, et s’attaque à tout ce qui est inflammable, attisée qu’elle est par la désertification et l’empoisonnement de ses terres que les humains, au 21e siècle, saccagent pour en extraire … du pétrole !

Elle brûle une ville grande comme Poitiers, une ville « construite au beau milieu d’une forêt boréale et devenue le plus grand chantier d’extraction pétrolière de la planète ».

L’or de la région : un mélange de bitume brut, de sable, d’argile minéral et d’eau qui donne un pétrole brut de synthèse, plus cher à produire qu’une extraction traditionnelle dans un puits pétrolier mais équivalent à un pétrole brut de très grande qualité. La ressource était connue des Autochtones avant l’arrivée des Européens, ils l’utilisaient pour imperméabiliser leurs embarcations.

[Source : Reporterre.net > Des feux de forêt danstesques ravagent la capitale canadienne du pétrole]

Vous imaginez le tableau ?

Les gisements de l’Athabasca contiendraient environ 1.800 milliards de barils de bitume, soit l’équivalent de l’ensemble des réserves de pétrole conventionnel dans le monde. Aujourd’hui, des entreprises comme BP, Shell et Total ont pignon sur rue à Fort McMurray. Mais l’exploitation des sables bitumineux est terriblement polluante, et par ailleurs très émettrice de gaz carbonique quand on prend tous les maillons de la chaîne, de la production à la consommation. C’est pourquoi en 2011, le Canada s’est retiré du protocole de Kyoto [lien vers un article sur Reporterre.net] pour pouvoir continuer à exploiter sans entraves cette ressource.

[même source]

Normal, puisque cette « province comptant 11 % de la population, (…), produirait 93 % des gaz à effet de serre du reste du pays »…

Heureusement, « même si les structures des compagnies pétrolières n’ont pas été atteintes par le feu [article daté du 5 mai 2016], il n’y a plus de main d’oeuvre sur place pour les faire fonctionner. » Et on ne peut pas dire qu’il y ait foule dans la contrée proche…

Fort Murray et les alentours [Google Maps]
Fort Murray et les alentours [Google Maps]
Et dans un autre article, sur le même site, pour compléter le tableau :

Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20esiècle. C’est des hommes… uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.

[Source : Reporterre.net > En Alberta, « l’avènement d’une humanité… inhumaine », entretien avec Nancy Huston, romancière et originaire de l’Alberta, mai 2015)]

source :  photo.capital.fr
source : photo.capital.fr

Si des photos sont peut-être plus parlantes à certains, je vous propose un tour par cet article présentant visuellement la réalité des sables bitumeux (2 tonnes extraites pour 159 litres de pétrole…). Par contre, aucune mention de la date de publication de ce diaporama de photos, ni du lieu exact des prises de vue. C’est dommage, et cela m’énerve fortement. Nonobstant…

Moi je dis que l’homme est fou et qu’il paiera très cher sa folie et son irresponsabilité quotidienne… La Terre, quant à elle, poursuivra sa route…

incendie de l'Alberta, photo Reporterre-L'Obs
source : Reporterre.net

L’incendie de l’Alberta, parabole de notre époque, par Hervé Kempf

 



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